Marc, mois 3, jour 29

4:35. Et il leur disait en ce jour-là * le soir étant advenu
Traversons vers l’autre rive

36. Et laissant la foule * ils le prennent avec eux
comme il était, dans la barque * et d’autres barques étaient avec lui


4:35. Et il leur disait : Après les “il disait”, reprise de parole réservée à “ceux qui étaient autour de lui avec les 12”.

En ce jour-là : “Ces jours-là” désignent la semaine, donc le monde présent, “ce jour-là” désigne le premier jour d’une nouvelle semaine, donc l'image du monde à venir, du jour qui ne passe pas, de l’éternité (cf. Za 14:7). Or en ce jour 29 du mois 3, on s’approche du solstice d’été, qui en est aussi une belle image. En Isaïe, c’est le chapitre 13 (cf. v. 6-10…)

Le soir étant advenu : Le soir est l’entrée dans le nouveau jour (Gn 1:5), donc une figure du passage dans l’éternité. Par la mort. Or nous venons de conclure sept comparaisons, liées aux sept jours (on en a vu quelques parallèles), et de le conclure par un aveu d’impuissance du langage humain, et spécialement les limites des comparaisons pour dire le Règne de Dieu (4:30). Le soleil s’est couché sans donner cette lumière totale ; l’intelligence a été illuminée, certes, mais seulement l’intelligence. Le jour est venu de toucher la réalité de ce Règne. Par les sens. On passe du 7 au 8.

Traversons vers l’autre rive : L’étymologie grecque du mot “parabole” (jeté le long) montre en quelque sorte les deux rives. Ici on laisse la rive des comparaisons, et on passe à celle de leur déchiffrement. Il est vrai qu'on a déjà eu des déchiffrements (4:13-20, 34), et que ce qui suit ne sera toujours qu’une image du monde à venir. Mais ici, des paroles on passe aux gestes. On peut dire aussi : le Seigneur reprend la comparaison en gestes qu’il avait initiée avant même de parler (4:1) : « Vous étiez au bord de mer, moi en barque, je vous ai décrit l’autre rive, maintenant on y va. Qui m’aime me suive. Par la foi. » La traversée vers l’autre rive résume la geste chrétienne : celle de la mer Rouge en fut l’image la plus parlante, le baptême est son début de réalité. Pour les croyants, qui sont « étrangers et voyageurs sur la terre » (Hé 11:13), « la figure de ce monde passe » (1Cor 7:31). Aussi, « Comme s’ils voyaient l’invisible, ils tiennent ferme » (Hé 11:27), « exempts de soucis » (1Cor 7:32).

36. Et laissant la foule : Toujours ce détachement, cette coupure, qui est nécessaire, spécialement aux Envoyés qui devront aller vers les foules païennes : qui pourra “aller dans le monde entier clamer l’annonce heureuse à toute la création” (Mc 16:15) s’il n’a pas été lui-même immergé dans cette nouvelle création ? Déjà les trois appels personnels de la première étape entraînèrent trois détachements (1:16,19, 2:14) : ici l’appel collectif de la deuxième, celui des Douze (3:13), est suivi de leur détachement collectif de la foule. D’ailleurs l'Évangile selon Matthieu, avant l’embarquement (8:18-22), ajoutera deux personnages : le scribe qui veut suivre, auquel le Seigneur répond que le Fils de l’Homme n’a pas de pierre où reposer la tête, et le disciple qui veut d’abord enterrer son père, auquel le Seigneur demande de laisser les morts enterrer leurs morts…

Ils le prennent avec eux : Paralambano, c’est prendre (ou recevoir), et dans le Nouveau Testament, c'est prendre un maître (Col 2:6, Jn 1:11), ou sa parole, son enseignement, son royaume (1Cor 11:23, 15:1, 3, Ga 1:9,12, Ph 4:9, Hé 12:28…).

Comme il était : “Comme” (en grec os) est plus riche que “où”. Ce n'est pas seulement “ils le prennent où il était” : on pourrait traduire “ “à l'image de ce qu'il était”, selon ce que dit le Notre Père : « sur terre comme au ciel » ; le os souligne le para de paralambano et de parabole : les disciples le reçoivent avec eux tel qu'il était, comme dit le Seigneur : “Il suffit que le disciple soit comme le maître” (Mt 10:25). Ils le prennent comme maître. Le maître est leur prototype, leur modèle, il veulent en être la comparaison, la pure image. A leurs risques et périls, comme nous le verrons.

Dans la barque : Or où était-il ? Dans la barque, c’est-à-dire sur un bois flottant entre deux rives, conçu pour la pêche en équipe. Le type de l’Église apostolique. Les Quatre retrouvent leur métier de pêcheurs, mais avec un autre capitaine et une autre pêche, comme le Seigneur le leur avait prédit (1:17). Sauf que la pêche à l’homme n’est pas encore ouverte : les Douze doivent d’abord laisser la foule. Nous sommes plutôt ici à l’embarquement de Noé et de sa famille dans l’arche (Gn 7:7). « Huit personnes en tout, antitype du baptême » (1P 3:20). Car « Dieu vit la terre pervertie, car toute chair avait une conduite perverse sur la terre » (Gn 6:12), c’est-à-dire ici sur les trois terrains stériles.

Et d’autres barques étaient avec lui : Détail négligé, mais précieux sur la structure de l’Église. Nous avons différencié siens et scribes, tous deux sous la férule de Satan, en opposition à disciples et apôtres tous deux sous la férule du Seigneur : de même ici il y a la barque des Douze, et dans ces autres barques les disciples ! Ceux qui étaient “assis autour de lui avec les Douze”. Ceux qui « laissent les morts enterrer leurs morts » (Mt 8:22), qui laissent les trois terres stériles pour voguer vers le port du Royaume de Dieu, fait de trois terrains fertiles.